Je m’appelle Agnès Abécassis et voilà comment j’écris…

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Je m’appelle Agnès Abécassis et voilà comment j’écris…


Agnès Abécassis écrit. Beaucoup. Des romans, qu’elle illustre parfois, des bande-dessinées qu’elle dessine aussi, et même des essais hédonistes sur le développement personnel. Entre son premier roman Les tribulations d’une jeune divorcée et le dernier Café ! un garçon s’il vous plaît, un inédit qui vient de paraître au Livre de Poche, c’est plus d’un million de lecteurs qui ont dévoré les aventures de ses personnages.

Quand Agnès n’imagine pas ses scénarios pour le papier, elle en écrit pour la télé (vous vous souvenez de Philippe Dana et de l’émission Ça Cartoon ?) ou pour le cinéma. Elle est aussi journaliste et animatrice radio.

Tout ça en même temps, ou en alternance.

 

Portrait d'Agnès Abécassis
A la suite de Davy, Vinvin et Fabien, c’est au tour d’Agnès Abécassis de nous livrer ses secrets de fabrique.

 

Là, tout de suite, sur quoi écris-tu ?

Je ne raconte jamais sur quoi je travaille. Jamais. C’est la base. Ça m’angoisse 🙂

 

Tes premiers souvenirs d’écriture ?  

J’ai commencé à écrire quand j’ai eu ma première fille. J’ai eu envie d’inventer pour mon bébé des histoires pour enfants, et j’en ai écrit cinq ou six, que j’ai illustrées aussi dans la foulée. Elles n’ont jamais été publiées, il faudrait que je les propose à un éditeur…

 

D’où est venue l’envie d’écrire ?

De la lecture qui a toujours eu une place prépondérante dans ma vie. Lecture et écriture sont étroitement liées. On ne peut pas écrire si on n’est pas, à la base, une grande lectrice. Auparavant, je dessinais. Tout le temps. J’ai changé de mode d’expression sans vraiment m’en rendre compte, ça s’est fait tout naturellement. Comme on passerait d’un instrument de musique à un autre.

 

Quand t’es-tu senti professionnelle ?

Professionnelle dans l’écriture ? Quand mon premier article a été publié dans un magazine. Romancière pour de vrai ? Quand j’ai tenu mon premier roman entre mes mains. Je l’ai découvert le jour du service de presse, j’étais seule dans une pièce vide, je souriais bêtement, et je m’interdisais de fondre en larmes : sans public, ça aurait été encore plus pathétique ! Mais je pense que le fait de recevoir une rétribution monétaire pour son travail donne une certaine légitimité. Des gens ont investi des sous pour acheter ce que l’on a produit. Ils nous les ont donnés à nous, pas à un(e) autre. C’est bien la preuve qu’on joue désormais dans la cour des grands.

 

Est-ce qu’il y a des thèmes récurrents dans ton œuvre ?

L’amour. L’espoir. La reconstruction en mieux. Le positivisme. J’ai besoin que mes productions fassent du bien au lecteur. J’ignore pourquoi, mais ça m’est nécessaire. Mon écriture saupoudrée d’humour en est une conséquence, j’imagine. Je veux donner du plaisir à la personne qui me lit. De toutes les émotions, c’est sans doute celle qui m’intéresse le plus.

Café, un garçon d'Agnès Abécassis
A chaque nouvelle sortie, les lecteurs d’Agnès Abécassis lui envoient diverses photos liées à son livre. De chouettes fans.

 

Quelle est ta routine de travail ?

J’écris souvent tôt le matin. Dans le calme, le silence, un mug de thé à côté de moi. Quoique depuis quelques années, j’alterne avec le café. Sans sucre, toujours. Je n’ai pas de journée d’écriture type, je ne suis jamais parvenue à cette rigueur. J’ai toujours mille choses à faire, j’essaie donc d’écoper ce qui est important ou ce qui risque de me distraire, et ensuite, je plonge dans cet état second consistant à m’immerger avec mes personnages, pour les voir évoluer. Ça peut durer trois heures, comme ça peut en durer cinq en fonction des circonstances.

 

Quels sont tes outils ?

Un carnet Paperblanks pour y noter mes idées dans la journée, une page Word pour les y transférer. Et des feutres Stabilo OH Pen à pointe fine que j’achète par dizaines, pour toujours en avoir avec moi tant j’aime leur confort d’écriture.

 

Ton environnement d’écriture préféré ?

Chez moi exclusivement. Je suis sauvagement casanière. J’ai essayé d’écrire ailleurs, mais ça ne marche pas. Je suis une contemplative, j’adore observer ou écouter les gens, et laisser courir mon imagination. Impossible alors de me concentrer sur mon texte, donc pour être efficace, je reste derrière mon bureau.

 

Comment abordes-tu un nouveau projet ?

Quand j’entame un nouveau roman par exemple, ça ressemble à une fécondation. Une idée rencontre une autre idée. Et sur ce terrain propice, elle s’ancre en elle. Petit à petit, le concept se forme, se développe, se construit. Il n’est rien au début, et tout à la fin. Et moi, je suis là, j’observe, je note, je corrige, j’invente. Tout cela peut prendre des mois, avant que je comprenne précisément à quoi ressemblera l’histoire finie.

L’idée n’est rien, si elle n’est pas remodelée longuement comme on pétrit un bon pain.

Quelle est la part d’improvisation et de préparation dans l’écriture ?

Très peu. Tout est très travaillé, très relu, et surtout mille fois corrigé. Einstein disait : « Le génie, c’est 1% d’inspiration, et 99% de transpiration ». Ce sera donc, à lui et à moi, notre seul point commun ! L’idée n’est rien, si elle n’est pas remodelée longuement comme on pétrit un bon pain. Sans y ajouter d’air (l’inspiration), sans y adjoindre de levure (les envolées lyriques), et sans y jeter une pincée de sel (pour accommoder à mon goût), c’est juste une bouillie informe de farine mélangée à de l’eau. Bien sûr, il m’est arrivé d’avoir des fulgurances : un dialogue si nickel qu’il n’avait pratiquement pas besoin d’être retouché, une scène idéale. Mais c’est assez rare. D’ailleurs, quand je relis mes notes, après la parution d’un roman, je retrouve des passages écrits à la main dans mes carnets, qui figurent, d’une certaine manière, la version préhistorique de ma scène publiée.

 

Pour toi, quel est l’ingrédient principal d’une bonne histoire ?

L’envie, le désir, le besoin de la raconter. Il faut que ça submerge l’auteur, pour pouvoir emporter le lecteur.

 

Aujourd’hui, et hors de ta prochaine création, de quelle histoire es-tu la plus fière ?

C’est comme de demander à une mère de choisir entre ses enfants… Honnêtement, je ne sais pas. Peut-être mon roman « Les tribulations d’une jeune divorcée » (au Livre de Poche). Je l’ai écrit avec une liberté de ton un peu folle, un ton que j’ai discipliné par la suite, après l’immense succès qu’a rencontré ce livre.

Les tribulations d'une jeune divorcée d'Agnès Abécassis
Les tribulations d’une jeune divorcée, premier roman d’Agnès Abécassis s’est vendu à plus de 200 000 exemplaires.

 

A l’inverse, parle nous d’un gros ratage ?

Plutôt qu’un ratage, je pense plutôt à des occasions manquées. Des projets que je n’ai pas osé aborder, des absences de confiance en moi qui m’ont inhibée. Mais je préfère les oublier.

 

Comment construit-on un bon personnage ? De quoi pars-tu ?

Je pars soit d’expériences vécues sur lesquelles je vais rebondir pour les transformer en autre chose (je les utilise rarement brutes), soit d’observations qui entrent en résonance avec des choses qui me plaisent, ou qui me parlent.

 

Une astuce pour qu’un dialogue ou un texte sonne juste ?

Que mon regard ne ripe pas dessus à la relecture. Il faut que tout soit fluide.

Si je sèche, je m’en lave les mains. […] Je quitte mon siège, j’abandonne tout, et je vais dans la cuisine faire la vaisselle.

 

La scène, le dialogue ou le texte que tu as eu le plus de mal à écrire ?

Tout dépend du climat émotionnel que je traverse. J’écris mieux en étant sereine, libre, et éloignée de tout conflit. Donc si ces circonstances ne sont pas réunies, je serre les dents et j’écris quand même, dans la douleur. Ça m’est arrivé. Forcément… Mais la véritable réponse à cette question impliquerait quelque chose de trop personnel. Donc je passe.

Illustration d'Agnès Abécassis dans Les tribulations d’une jeune divorcée
Illustration © Agnès Abécassis,  « Les tribulations d’une jeune divorcée » au Livre de Poche – 2014.

 

Dans un cadre plus quotidien, et comme, en écriture, on ne peut pas toujours être à 100 à l’heure, j’ai une technique quand je bloque sur un passage : si je sèche, je m’en lave les mains. Voilà. C’est très exactement comme cela que ça se passe. Je quitte mon siège, j’abandonne tout, et je vais dans la cuisine faire la vaisselle. Ne ricanez pas, Agatha Christie avait la même astuce ! Le mouvement répétitif de l’éponge me plonge dans un état de méditation, accentué par l’eau fraîche qui coule sur mes mains. Du coup, je déconnecte, je me détends, je lâche prise, et hop ! L’idée que je pressais d’apparaître sans succès afflue, lumineuse, au moment où je ne la cherchais plus.

 

La dernière bonne histoire que tu as lue, vue ou entendue ?

Aïe… je déteste citer des œuvres, d’une part parce que j’ai une mémoire de poisson rouge, et d’autre part parce que… eh bien… je ne m’en souviens pas !

Ceci dit, quand je découvre une œuvre qui me plaît, par exemple une nouvelle série, format que je consomme avidement, j’éprouve le besoin d’en faire la promo. Il faut que je partage mon exaltation ! J’ai besoin d’annoncer au monde les pépites que j’ai découvertes ! D’ailleurs, j’ai quelques copains écrivains (ou pas), boulimiques comme moi de séries TV, qui notent scrupuleusement les titres que j’ai adoubés.

Dernièrement, j’ai pas mal recommandé Feud, Big Little Lies et The Good Fight, la spin-off de The Good Wife, qui est d’ailleurs clairement 30 km au-dessus…

Feud, c’est une série d’anthologie où chaque saison se concentre sur la rivalité entre deux protagonistes célèbres. La première saison a porté sur la concurrence entre Joan Crawford et Bette Davis (incarnées respectivement par Jessica Lange et Susan Sarandon, magistrales) sur le tournage du film Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? C’est une série qui parle d’histoire, de culture, elle est si réussie qu’après chaque épisode, j’allais faire un tour sur internet pour voir ce qui s’était réellement passé. Comme par exemple cette scène hallucinante de Joan Crawford qui vole l’Oscar à Bette Davis : tout est fidèle, jusqu’à la coiffure de Crawford, saupoudrée d’argent, et on apprend pourquoi dans la série…

Big Little Lies est une mini série en sept épisodes, adaptée d’un roman de L. Moriarty, et créée par David E. Kelley, à qui on doit des séries comme Ally Mc Beal pour n’en citer qu’une seule. Pour le casting, il a sélectionné un caviar d’actrices : Nicole Kidman, Reese Witherspoon, Laura Dern, Zoë Kravitz, Shailene Woodley, etc. Tout y est excellent : l’intrigue, le jeu des comédiennes, la réalisation, le drame, la comédie… c’est un thriller au féminin de très grande qualité.

The Good Fight, il faut le voir, parce que quand c’est aussi bon, on ne pinaille pas, on plonge et on savoure ! C’est profondément intelligent, c’est remarquablement écrit et c’est superbement joué. Les scénaristes sont partis d’une situation d’urgence pour créer un scénario à couper le souffle, une intrigue centrée sur le personnage de Diane Lockhart, qui, à la veille de sa retraite, se retrouve ruinée par un scandale financier inspiré de Madoff. Bon, quand ça va vite, généralement ça n’envoie que du bruit, mais pas ici. Il y a une osmose dans l’intelligence des situations, des interactions entre les personnages et des dialogues.

Si j’ai le droit à une de plus, je dirais Better Things, de Louis C.K et Pamela Adon, le portrait d’une mère de famille qui a trois filles, et qui jongle entre son rôle de mère et sa vie de femme et de comédienne. C’est complètement foutraque mais c’est tendre, cynique, rigolo et un poil désespéré, mais rien qui déprime !

 

A l’inverse, la dernière fois que tu as été accrochée par la promesse d’une histoire ou par un pitch et qu’au final, tu as été déçue ?

D’une manière générale, je passe vite à autre chose et ne m’attarde pas si je considère que l’œuvre n’est pas à la hauteur du pitch. Je n’ai donc jamais de grandes déceptions. Disons que je déteste quand c’est lent sans raisons. Par exemple, une série comme Westworld, ça se traîne trop pour moi. Pas d’évolution des personnages d’un épisode à l’autre, des actions répétitives, ils ont pris une saison entière pour planter le décor. Bof. A côté de ça, le rythme délicat d’un Downton Abbey me convient tout à fait. Les intrigues sont suffisamment solides et bien construites pour me captiver malgré le calme (très) relatif des épisodes.

 

Le meilleur conseil d’écriture que tu aies reçu ?

Je crois que c’était Stephen King, dans « Ecriture, mémoires d’un métier », qui évoquait l’art d’élaguer et combien il était nécessaire de se forcer à le faire, même si on était fier de sa prose. A chaque fois que je coupe des passages pour tonifier un paragraphe ou pour accélérer un rythme, je pense à lui.

Stephen King, écriture, mémoires d'un métier
Le livre est à retrouver dans ma bibliothèque idéale du conteur.

 

Le livre qu’il faut absolument avoir lu pour comprendre comment bien raconter une histoire ?

Tous, voyons ! Aucune histoire ne se raconte de la même manière. Aucune. A chacun de trouver la façon qui lui est propre. Je ne crois d’ailleurs pas aux techniques d’écriture, aux règles ou aux obligations. En tout cas, pas en littérature.

 

Le scénariste que tu admires par-dessus tout ?

Malheureusement, les scénaristes étant si peu mis en avant par rapport aux réalisateurs, il n’est pas évident de savoir instantanément les identifier. Comme je suis une dingue absolue de cinéma espagnol, je dirais Alex de la Iglesia. Et pour la BD, je citerai René Goscinny, intemporel, et André Franquin, ce génie.

il y a des histoires dont je regrette de ne pas avoir eu l’idée. Ce sont surtout des récits de science-fiction !

L’histoire qui t’a influencée ou que tu aurais aimé avoir écrite (et pourquoi ?)

Houlà, quand je prends du plaisir à lire une histoire, je trouve ce plaisir dans mon statut de lectrice qui se laisse faire, qui accepte d’être embarquée grâce aux mots d’un autre. Je ne retiens rien des techniques utilisées. Simplement, je savoure. Bien sûr, il y a des histoires dont je regrette de ne pas avoir eu l’idée. Ce sont surtout des récits de science-fiction ! Quand on peut tout faire, tout imaginer, et tout inventer, et que je me dis… mais pourquoi je n’ai pas osé aller par là ?

 

Celle que tu conseilles ou que tu offres régulièrement ?

Il n’y a pas de règles. Je conseille mes derniers coups de cœur, mais pas seulement. Quand j’offre un cadeau, je cherche avant tout à m’adapter aux goûts de la personne, ça donne une palette trop large pour être résumée par des œuvres récurrentes.

Agnès Abécassis - strip BD
Strip extrait de l’album « Les carnets d’Agnès » chez Hugo BD

 

Si c’était possible, qui voudrais-tu voir répondre à ce questionnaire ?

Tiens… Toi, Yannick, par exemple.

Histoires courtes Vidéos

L’histoire courte du samedi #2 : Nowness – Louder Than Words


Basé à Sydney, le photographe et cinéaste coréen Yoon Yeoseop met en scène l’australien Walter Kadiki, poète sourd, dans un court-métrage qui explore le storytelling sans parole : « Communiquer signifie bien plus que partager de l’information. Le poids de la douleur que nous ressentons parfois et que nous traversons est pas souvent traduit par des mots qui confinent certaines émotions. Parfois, je ressens que la langue parlée en tant que notre principal outil de communication n’est pas suffisante. » – via Nowness

Et bien, le mauvais dialogue est engendré par l'écrivain et motivé par ses désirs, qui sont d'écrire des conversations malignes et des blagues pour montrer à quel point il est intelligent et tout ce qu’il sait. Il veut gonfler son ego et parler directement au public, ce qui ennuie le public qui ne paiera pas pour cela. [...] Le bon dialogue est dit par le personnage, généralement à un autre personnage, et fait croire au public que ce qu'il regarde a vraiment lieu. Il fait ressortir l’émotion de l’auditoire, retient son attention et... met de l'argent dans la poche de l'auteur !

Bill Idelson Acteur et Scriptwriter, auteur de Bill Idelson's Writing Class

Cinéma Liens Writing

Les 7 liens de la semaine #4


En Français :

En Anglais :

Les scripts PDF de Qui veut la peau de Roger Rabbit ? (Jeffrey Price and Peter S. Seaman), Matrix (Larry & Andy Wachowski), FoxCatcher (E. Max Frye & Dan Futterman) et Avengers (Joss Whedon).